4/29/2012

Aparté

Question de vous faire patienter avant la publication de mon prochain texte, vous pouvez aller faire une visite sur le blogue MOUTARDE CHOU.  Comme un excellent casse-croûte, ça vaut le détour!

http://moutardechou.tumblr.com/

4/03/2012

L'attrait de la nouveauté


Préambule



Ayant une furieuse rage de smoked meat depuis plusieurs semaines, je décidai le 19 mars dernier de prendre le taureau par les cornes et planifiai une visite au Brisket, sur Beaver Hall.  C'est mon pote Dji, amateur de p'tits cheese et de viande fumée devant l'Éternel, qui m'aiguilla sur cette intrigante adresse.  Car aussi férus de casse-croûtes que nous sommes, moi et mes amis, personne d'entre nous n'est jamais allé snacker là.  Une visite sur leur site web s'imposait donc avant de me déplacer. "Damn; 1901, c'est 27 ans avant le Schwartz's" m'exclamais-je en arrivant sur la page d'accueil, croyant avoir découvert un trésor caché de la charcuterie épicée.  Cependant, en naviguant davantage sur le site, un doute s'installa : pourquoi l'image du singe avec un chapeau?  Un cochon qui boit de la bière?  UN BURGER DE KANGOUROU?  CALVAIRE, ON NE SERVAIT SÛREMENT PAS DE BURGER DE KANGOUROU EN 1901!!!  Je débarqua de mes grands chevaux pour aller zieuter la section "photos" et me rassurer avec des images de smoked meat...





L'ambiance



J'avais donné rendez-vous à Isamie à 18h00 devant la porte.  Elle s'est gentiment proposée de venir prendre des photos lors de mes virées, mais je la soupçonne d'avoir eu envie de me voir aller en pleine action, car il semblerait que je donne un pas pire show quand je mange, m'exclame et disserte à la fois.  Pour ma part, j'ai accepté parce que manipuler un appareil-photo les doigts plein de moutarde, c'est pas évident, mais aussi parce qu'Isamie, elle est ben fine pis que ça serait plus l'fun accompagné par elle que d'être seul..


Nous n'avions pas encore mis les pieds à l'intérieur qu'un autre détail n'ayant aucunement rapport à la bouffe servie nous tiqua un peu : une immense bannière du Guide des Routards sur la façade.  Nous en fîmes abstraction, car une trappe à touristes n'est pas nécessairement synonyme de trou à rat.  Nous gravîmes donc les quelques marches pour tomber nez à nez avec une immense salle à manger vide.  Pendant que je cherchais un peu mes repères, Isamie me lâcha : "Regarde Demers ce qui est écrit." 






 Bordel, de quoi me donner la foi!  Mais une autre question surgit alors à mon esprit: de 1901 à 2012, ça fait pas 5 ans ça.  Je me dirigea vers une table à notre gauche, côté bar, en revirant le calcul dans tous les sens, et m'assied.  Devant moi, y avait le menu oversize, avec des burgers aux saveurs de tout le règne animal et d'innombrables déclinaisons de poutine (1901?  Non, c'est plus tard la poutine), et j'en revenais toujours pas de manger all you can eat de smoked meat pour 5 piasses.  Ma réflexion s'arrêta quand un jeune frisé avec une couette vint se présenter.  Courtois, souriant et le teint basané - donc aux antipodes des serveurs habituels de ce type d'établissements - il nous expliqua que si on prenait une bière, sauf une Labatt, il tournerait la roue fixée au mur et on courrait alors la chance de gagner un T-shirt, un buck, une grosse, etc.


- C'est quoi tes formats?  As-tu des spéciaux?


- J'ai des verres, des pintes, des demis pichets, des pichets, des mégas pichets, ...


Nous prîmes une pinte chaque et le serveur se dirigea vers la roue et la fit spinner sur son axe d'un enthousiaste coup de poignet.   Quand celle-ci s'immobilisa, il cria "deux pour un" avant de servir d'autres clients. Je me croyais dans une fête foraine.


Un peu d'histoire et de mathématique



Isamie, devant mon entêtement à tenter de comprendre les crisses de dates, s'essaya et demanda des explications par rapport à l'équation 2012 - 1901 = 5.  Semblerait que la place fut rachetée par Brisket en 2007.  Ils ont alors décidé de "d'innover" en apportant certaines modifications au menu et à la personnalité de l'endroit.  Mais pas moyen d'avoir plus d'infos sur ce qu'était le Salon Krausmann, autant auprès du jeune frisé que d'Internet, outre le fait que Brisket a gardé la recette de smoked meat et de pied de porc mariné.


La raison de notre visite



Nous finîmes par nous décider à commander après qu'Isamie eut rejoint son Pat qui s'en venait nous retrouver.  Premier accroc : notre serveur ne nous demanda pas la coupe désirée (maigre, medium ou gras) en prenant notre commande.  Même si le mangeur de smoked meat classique le prendra ''medium'', il est primordial de poser la question, surtout en présence d'une dame, qui aura tendance à opter pour du ''maigre''.  Qu'à cela ne tienne, je reçus mon sandwich d'entrée et l'enfilai sans broncher.  Deuxième constatation : difficile de juger de la grosseur habituelle des portions dans le contexte d'un all you can eat de sandwich, car le cuisinier aura tendance à en mettre moins, question de bourrer le client de pain, et de minimiser les pertes de viande.  Mon petit doigt me dit que les prix affichés sur le menu et la pub du Guide des Routards laissent présager de chiches portions pour plus de dollars touristiques dans les poches.  Brisket a quand même la décence d'offrir du vrai smoked meat à sa clientèle, pas un vulgaire rubber rosé de deli bas de gamme.  Bien texturé, bonne dose de gras dans le medium, son mélange d'épices manque toutefois de subtilité et est plutôt poivré.  Les frites laissent indifférents, mais soulignons que, malgré leur prix (3.51$ + taxes), elle ont au moins le mérite de ne pas être de gamme congelée.  Vous conviendrez qu'avec de la viande à volonté, je ne me suis pas concentré sur les marinades.








Finalement...



Un seul mot vient en tête pour décrire ce que j'ai mangé : honnêteté.  Côté goût, on s'entend; pas pour les dollars à débourser en temps normal.  Donc, c'est correct, voir même ben correct.  La preuve, c'est que je me suis tapé  trois sandwichs.  Cependant, l'expérience serait davantage optimisée si on ramenait un peu d'authenticité au niveau du décor et de l'ambiance.  Dehors les machines à sous.  Exit la roue de fortune de bières.  Ainsi, sans nécessairement flirter avec les grandes institutions du smoked meat, ça rappellerait peut-être davantage le Dunn's que le Peel Pub.... 





3/17/2012

Premier essai




Préambule



« Je te donne un mois.  Pas de jokes ».  Telles furent les paroles de Gasse le 18 février dernier.  Poète, blogueur, bref, auteur de tout acabit avec qui ça connecte sur les mots pas pire pantoute, le Petit Luncheur a pesé sur le bon piton pour que je me lance dans le papotage sur les patates, le smoked meat et autres casse-croûtes de coins de rue.  M’y voici.


La Québécoise


La Québécoise a pignon sur rue au coin Ontario et Aylwin, downtown Hochelaga.  Vous avez sûrement déjà vu la façade orangée sur la pochette du single « Rue Ontario » de Bernard Adamus, dans une récente annonce de Pepsi, ou, tout bonnement, en passant devant.  À l’intérieur, c’est nos narines qui sont sollicitées en premier, frappées par l’odeur de friture étouffée par la vapeur propre à ce type de restaurant.  On prend place, on zieute le menu et on finit par choisir.  Avant que la waitress n’arrive, l’hétéroclite mélange de couleurs nous happe; le bleu de la Méditerranée des posters couchés sur les murs aussi criards d’orange qu’à l’extérieur, avec à l’horizon des banquettes vert forêt.  Seul le call d’une commande par une serveuse, sur fond de tintements d’ustensiles et de télé en sourdine, finit par nous sortir de notre hypnotisme.

 





Le steamé


Le steamé de la Québécoise en est un dans la plus pure tradition des casse-croûtes de la province, tous codes régionaux confondus.  Il n’a rien à envier à personne, ni même au Montreal Pool Room.  Même si ce dernier est une institution au même titre que Schwartz’s ou la Binerie Mont-Royal, beaucoup de fourchettes, même férues de greasy spoon, dédaignent le hot-dog vapeur, trop bas de gamme et simpliste pour leurs papilles.  Pourtant, je le clame ici haut et fort, cuire un steamé à point est un art, un art mineur soit, mais un art quand même.  Combien de chiens chauds au pain trempe ou à la saucisse jutant de façon injustifiée ais-je mangé dans ma vie?  Trop.  Il n’y a pas de ça à la Québécoise; le pain est juste assez humide, tout en se tenant droit, sans aucune mollesse, et la saucisse est ferme, voir croquante pour un frankfurter.  Évidemment, le roulement du produit y est probablement pour quelque chose.  Difficile de laisser les ingrédients à la vapeur trop longtemps quand, naturellement, la demande du client régule le temps de cuisson  Seul léger bémol au tableau : les condiments.  Jimmy, Jimmy ou Jimmy (ils semblent tous se prénommés Jimmy derrière le comptoir)  y va fort sur les oignons, dont le goût traîne longtemps en bouche après le repas.  J’épargne parfois mon entourage en omettant d’inclure cette garniture, même si, de nature, je suis davantage un all dressed.  Il est toutefois facile de régler la situation en enlevant à sa guise le superflu avec les ustensiles de service ou en spécifiant de ne pas en mettre trop lorsque l’on place sa commande. 

De plus, un problème propre à ce genre de restaurant est le chou utilisé; il est souvent trop vinaigré, surtout rendu dans le fond de la chaudière.  On aurait avantage à opter pour un genre de mélange à la « traditionnelle » de St-Hubert ou, carrément, du chou râpé, sans aucun autre artifice.  Je vous garantis que le restaurant qui osera faire ce move fera un tabac! 

 


La poutine


Même si les hot-dog sont succulents, la poutine reste le joyau de La Québécoise, et ce, malgré son succès mitigé auprès des différentes personnes sondées de façon non-scientifique.  À mon avis, la raison de cette divergence réside surtout dans un ingrédient : la sauce.  Car la sauce brune à La Québécoise, elle est, pardonnez-moi l’expression, quelque chose.  Extrêmement riche, voir quasi mortelle, grumeleuse, un peu figée, elle peut faire frémir les non-initiés et les pseudos fourchettes populaires à l’esprit un peu trop santé.  Elle est tout le contraire du liquide claire et brun-orangé, quasi en fusion, servi dans les Belles Pro de la dite province, tellement chaud que, lorsqu’on en nappe les frites et le fromage, il fait pratiquement fondre le contenant.  La sauce brune de la Québécoise est plutôt comme une douillette confortable, qui, plutôt que de transformer la poutine en une énorme motte, enrobe les frites et le fromage, préservant ainsi tout leur croquant et leur couic-couic.  Des patates et des grains sont laissés à découvert, au hasard, nous permettant parfois de nous concentrer sur les saveurs une à une, et ainsi s’éviter de prendre la même bouchée à chaque fois que l’on porte sa fourchette à ses lèvres.  Légèrement sucrée, plus beige que brune, elle surprend par son goût unique, subtil, à des miles de l’agressivité salée de celle de la plupart de ses concurrents.  Le petit format de poutine est toutefois conseillé pour une première expérience.



Puisque le fromage en grains est pratiquement uniforme et de qualité dans chaque établissement servant une bonne pout’, concentrons-nous sur la base, je dirais même le cœur du mets : les frites.  Immenses et savoureuses comme pas une, splendides d’huile et d’opulence, la frite est Reine, à La Québécoise comme partout sur la Promenade.  Elle est dorée, craquante et graisseuse, comme une p’tite grosse dont l’excès de poids n’empêche pas d’être coquette, dont le parfum et l’aura nous oblige à nous retourner sur son passage, humant son odeur qui chatouille nos narines et succombant instantanément à son charme.  En plus de 10 ans de fréquentation, jamais un goût de vieille huile n’est venu gâcher mon plaisir.  Appelons ça avoir une bonne hygiène de la pan.  



Que ce soit une familiale take-out dans un gros sac brun taché de gras, en accompagnement dans le menu du jour, en poutine, trempée dans le ketchup, baignant dans le vinaigre, la frite est là.  Passe-partout.  Réconfortante.





Bon à savoir

Pour deux steamés-poutine-liqueur en fontaine (en fait, le trio #1 et un hot-dog d’extra), comptez 10.00$ taxes et tips inclus.  Service rapide.  Plusieurs copies du Journal de Montréal à la disposition des clients.  Déjeuners peu mémorables, mais très abordables.  Ambiance assurée si vous aimez observer la vie de quartier, surtout lors des déjeuners du week-end ou au début du mois.  Si vous êtes chanceux, vous aurez droit au fameux « bien mangé mon ami » du caissier (et maître ès friteuses) d’office.  Si vous vous sentez wild, demandez de jeter un coup d’œil dans la boîte d’objets perdus qui trône au-dessus du support à manteaux depuis des lustres.  Même moi, je n’ai jamais osé.  Princesses s’abstenir.